lundi 11 février 2008
vendredi 28 décembre 2007
moi je suis ma ville

Bruxelles me manque.
Emmêlement de pans de murs. Des chantiers, des chancres, des chimères. Le Mont des Arts est en travaux: on y redessine un complexe de salles de conférences / spectacles / rien. Près de la Place de Brouckère, encore un de ces incroyables ouvrages de façadisme: des poutrelles métalliques, jaunes, s'arc-boutent et se contredisent pour maintenir à la verticale la pelure noircie d'un bloc haussmannien, évidé pour le reste, et dont les gravats jonchent encore les sous-sols mis à nu. De près, ça se voit: les étançons jaunes sont fichés dans la maçonnerie ancienne à l'aide de formidables vis. Il y a des fissures autour, et des trous. Je suis triste.
Les dégradations urbaines m'attristent, autant que les rénovations me fascinent. (Fersen: "Dans la rue il y a des travaux / Et moi j'aime regarder les travaux...") Quand j'avais 18 ans, je prenais le tram 52 vers le centre-ville, tous les matins - mes études aux Facultés St Louis; et tous les matins j'observais avec avidité l'avancement de tel asphaltage, telle construction. Les trous qu'on fait aux trottoirs pour les farcir de canalisations, ça n'a jamais pu m'émouvoir, bien entendu; car les ouvriers reposent ensuite les dalles d'origine (souvent ces dalles tristes, carrées, de béton), de préférence un peu plus fendues et de guingois, avant de jeter par-dessus un méchant sable d'un intense ocre grisâtre, sous prétexte de stabiliser le pavage.
Mais un trottoir qu'on refait; des rails de tramway qu'on remplace; des réverbères neufs; un vaste carrefour aux contours mous auquel on substitue un élégant rond-point garni, en son centre, de bouquets d'arbustes ou d'une sculpture (même moche); une avenue qu'on redessine en y mettant des arbres encore un peu tordus par la jeunesse; un bâtiment public qu'on ravale; le long de la chaussée, des bordures de pierre bleue pour succéder à ces sinistres parpaings de béton... C'est de ma ville qu'il s'agit! C'est ma ville qu'on embellit, et je souris aux hommes de métier, qui s'en fichent au demeurant; et mon pas est plus léger, dans les rues de ma ville.
Mais alors, mon coeur se tord littéralement, et de vraies larmes me montent à l'âme, quand, les travaux à peine aboutis, un pavé se descelle déjà, un plot choit, une bavure sur le bitume neuf annonce l'inévitable fissure; quand de pauvres palissades avachies peinent à masquer un chantier abandonné depuis des mois; et quand des poutres métalliques jaunes agressent en la trouant la façade ancienne qu'elles doivent préserver... Bien sûr, en l'occurrence, les maçons, quand tout sera fini, tout rebâti en dedans, tout confit d'appartements impayables et bureaux de standing - les maçons bien sûr passeront un coup de truelle sur les égratignures engendrées par les travaux, et l'on bouchera la pierre et les stucs, et il n'y paraîtra plus; mais les usures des cent prochaines années: ce sont ces raccommodages-là qu'elles mordront d'abord, et mettront au jour, cicatrices sans gloire!
Et moi, dans ces circonstances, j'ai si mal à ma ville... Ma pauvre ville, tailladée, percluse, grouillante, beige, vieille et neuve sans cesse, pauvre en perspectives, hirsute d'échafaudages et de grues: ma ville! Mais comme je l'aime, ma ville; combien, d'ici, me manque Bruxelles!
lundi 3 décembre 2007
mercredi 7 novembre 2007
beau (à vous arracher l'air des poumons)

"British Vision", expo au Palais des Beaux-Arts de Gand. De salle en salle, la richesse des oeuvres vous scie les jambes. Paul Nash, Dante Gabriel Rossetti, Lucian Freud, Gainsborough, Turner bien sûr, Stanley Spencer à foison, David Hockney, Hogarth, Constable, Francis Bacon, et des pelletées d'autres Britanniques immenses, de 1750 à 1950. Extraordinaire... Il faut approcher ces dessins, ces toiles de près... On croit avoir vu le plus beau, pour se laisser à nouveau surprendre à la cimaise suivante; et non seulement les noms sont grands, mais les oeuvres sélectionnées sont souvent majeures (from the Tate, the National G.,...); on n'en revient pas...
Et puis, à la flamande: lieu superbe, explications limpides, peintures des murs en lien avec les thèmes (les couleurs ont été commandées auprès d'une vénérable maison anglaise)...
Je vais pas tellement souvent voir des expos. Mais ça, ça...
La meilleure exposition du monde est pour l'instant à Gand. Indélébile.
lundi 5 novembre 2007
de la terre sous les ongles

J'aime pas tellement le fisc. Je travaille comme un tordu. J'ai le tort de multiplier les piges et contrats. Je suis pas indépendant. Je demande à chacun de mes employeurs de prélever un max de précompte professionnel. Je gagne ma vie correctement; pas de quoi fouetter une chantilly. Puis je remplis ma déclaration de mierde via tax on web, et monsieur et madame Saloperie m'annoncent que je dois encore casquer quelques milliers d'euros, cumul des jobs oblige. Et, cette fois, au lieu de verser mon obole (en grinçant des fesses) pour la fin avril, je dois brusquement lâcher la thune dès ce mois de novembre. Colère et hargne! Six mois de moins sur mes pauvres comptes, six de plus sur ceux de l'Etat: autant d'intérêts perdus pour ma pomme. Je gratte la terre; je suis plein de ressentiment.
Ben, pour autant, je vais réussir à garder un coeur socialiste, n'est-ce pas? Même si c'est toudi les ptits qu'on sprotche...
Pas content.
Et ensuite: quoi faire?!
La photo: Youry Bilak
lundi 15 octobre 2007
och'erme
À quoi ça sert... je vous jure!
Suis brusquement fort emmerdé de brader ici un peu de mon intelligence. (Sans prétendre, au demeurant, hisser celle-ci à un niveau particulier; mais tout de même...) C'est que je viens de relire mon précédent message. C'est pas élégant... Que fait la police. Trop de loisirs, trop peu de guerres dans nos pays! L'art s'en ressent, d'ailleurs. L'art est un excellent indice de l'affaissement moral d'une civilisation. Dans nos pays, on traficote avec des concepts, parce que nul n'a plus besoin du beau et du bon (kallos kagathos), du fort et du signifiant, pour sauver son âme. Une bonne guerre, Madame! Yambi est un formidable coup de pied dans nos culs bouffis. L'art vrai est fabriqué dans un certain degré d'urgence.
Voilà voilà. Que je dis; mais que je ne suis pas certain de penser: pas assez documenté.
"Och'erme": du bruxellois. Littéralement 'Oh (mon/ma) pauvre' (du flamand "arm", 'pauvre', avec relâchement articulatoire de l'initiale tonique, courant dans cet idiome). Ma grand-mère maternelle, Germaine, fille de rien, élevée environ seule à la force de son âme (la JOC aidant!), privée de scolarité à 12 ans - banal, en ces temps anciens -, lectrice dévoratrice (et pas que du Padre Pio), promue à 14 ans secrétaire particulière du patron de Citroën à Bruxelles, détentrice de l'orthographe la plus sûre qu'il m'ait été donné de constater, grande femme brune aux grands yeux noirs, mysandre pavide qui épousa à 33 ans le premier homme qu'elle osa regarder (son cousin germain, petit monsieur à talonnettes, fraîchement veuf, détenteur d'un commerce florissant de machines à coudre industrielles, grosse clientèle allemande; union accordée par le Saint-Père sur la foi des intentions pures des deux intéressés), puis mère anxieuse d'une enfant unique qui devint la mienne - d'autres chapitres! - ma grand-mère... donc. Ma grand-mère maternelle parlait couramment le bruxellois; bien entendu; et tâchait, tout en s'en nourrissant, de n'y accorder que dédain, au profit de la langue française qu'elle apprit si seule à manier si bien. Quelle bonne, bonne, savoureuse musique que la langue bruxelloise! La musique du peuple. La plus belle.
Suis brusquement fort emmerdé de brader ici un peu de mon intelligence. (Sans prétendre, au demeurant, hisser celle-ci à un niveau particulier; mais tout de même...) C'est que je viens de relire mon précédent message. C'est pas élégant... Que fait la police. Trop de loisirs, trop peu de guerres dans nos pays! L'art s'en ressent, d'ailleurs. L'art est un excellent indice de l'affaissement moral d'une civilisation. Dans nos pays, on traficote avec des concepts, parce que nul n'a plus besoin du beau et du bon (kallos kagathos), du fort et du signifiant, pour sauver son âme. Une bonne guerre, Madame! Yambi est un formidable coup de pied dans nos culs bouffis. L'art vrai est fabriqué dans un certain degré d'urgence.
Voilà voilà. Que je dis; mais que je ne suis pas certain de penser: pas assez documenté.
"Och'erme": du bruxellois. Littéralement 'Oh (mon/ma) pauvre' (du flamand "arm", 'pauvre', avec relâchement articulatoire de l'initiale tonique, courant dans cet idiome). Ma grand-mère maternelle, Germaine, fille de rien, élevée environ seule à la force de son âme (la JOC aidant!), privée de scolarité à 12 ans - banal, en ces temps anciens -, lectrice dévoratrice (et pas que du Padre Pio), promue à 14 ans secrétaire particulière du patron de Citroën à Bruxelles, détentrice de l'orthographe la plus sûre qu'il m'ait été donné de constater, grande femme brune aux grands yeux noirs, mysandre pavide qui épousa à 33 ans le premier homme qu'elle osa regarder (son cousin germain, petit monsieur à talonnettes, fraîchement veuf, détenteur d'un commerce florissant de machines à coudre industrielles, grosse clientèle allemande; union accordée par le Saint-Père sur la foi des intentions pures des deux intéressés), puis mère anxieuse d'une enfant unique qui devint la mienne - d'autres chapitres! - ma grand-mère... donc. Ma grand-mère maternelle parlait couramment le bruxellois; bien entendu; et tâchait, tout en s'en nourrissant, de n'y accorder que dédain, au profit de la langue française qu'elle apprit si seule à manier si bien. Quelle bonne, bonne, savoureuse musique que la langue bruxelloise! La musique du peuple. La plus belle.
dimanche 14 octobre 2007
mathilde m'est revenue (pussy is back!)

Des papillons au coeur! Pussy Galore, la plus cuistre des bloggeuses bruxelloises, a rouvert depuis quelque temps les colonnes nauséabondes de son journal pas intime... J'ai bon, comme on ne dit pas. J'aime bien lire ses histoires (fake). "Pussy au Belga". "Pussy au Maroc". "Pussy sort en boîte". "Pussy écoute un disque". "Pussy aimerait bien que quelqu'un l'aime". "Pussy n'a pas d'enfant". "Pussy écoute un autre disque". "Pussy n'aura pas d'enfant parce que c'est trop tard".
Elle écrit pas mal, PussyPussy; elle est méchante avec les laids et les cons; elle fabule bravement des aventures aussi glamour qu'improbables, qui l'intronisent Sulfureuse Sorcière de la Nuit, et lui valent l'allégeance d'une courette de garçonnets moins éduqués qu'elle. Dans la foulée, elle a le mérite de s'attirer avec vaillance l'opprobre de quelques (j'en suis) pourfendeurs de ce bougeoisisme dont la petitesse d'esprit n'a d'égale que l'efficacité de l'emphase, lesquels bien-penseurs (j'en suis toujours) finissent invariablement le nez dans son caca (à elle); parce qu'à jouer au plus goujat, on ne gagne pas, contre ma Pussy.
Longue vie à toi, Pussy Galore from Bruxelles. C'est l'ensemble de l'humanité qui est responsable de la place qui t'est accordée en son sein. Et c'est une sacrée leçon pour l'humanité.
(Ben tiens, voilà qu'à mon tour je donne dans l'emphase... Que du plaisir!)
lundi 8 octobre 2007
presque trente...

pauvre martin
pauvre misère
creuse la terre
creuse le temps
J'ai pas fêté l'anniversaire de ma naissance; ou peu. Vingt-neuf ans, et certaines parcelles de mon visage s'épuisent doucement. Sous mes iris gris-bleu que le hasard a pommelés d'or, ma paupière inférieure, sillonnée d'infimes ravines, est cernée d'une ombre pâle. L'usure du corps! Je suis svelte, morphologiquement chanceux, le bras ferme, le ventre déterminé, la jambe modelée - mais les premières marques du vieillissement: je les abhorre. Le passage des ans parviendra-t-il à me décevoir de moi-même? Merde.
"Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Il saura fâner vos roses
Comme il a ridé mon front
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis
- Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant!"
photo anthropy
vendredi 5 octobre 2007
qui je suis vraiment... Este+

Salut à TOUS! En fait, j'aimerais me présenter à fond, vous exposer un peu qu'est-ce que j'aime dans la vie, genre qu'est-ce que je kiffe à fond, les trucs qui m'éclatent trop fort. Pour qu'on fasse davantage connaissance en fait!!! Vous pouvez réagir à mort, j'attends trop fort vos postes!
Alors voilà je me jette à l'eau, je vous dis complètement tout sur tous mes goûts dans la vie.
- Je suis super trop dingue de Gwen Stéphanie, cette nana a tellement de SuperClasse. J'écoute à mort. J'écoute aussi à mort Mika, ce mec c'est simplement le roi!!! J'écoute à mort aussi DJ Furax. Trop puissant.
- J'adore aussi trop trop trop fort sortir au Milléniomme à Liège; les mecs sont tellements cute!!! Les gars je vous kisse à mort.
- J'adoooore lire! Chuis over fan de lecture. Je lis tout, je m'éclate en lisant, je lis tellement de livres! Les copains sont super impressionnés, tellement que je lis des livres! J'adore trop lire. J'adore chialer en lisant. Mais qu'est-ce que j'ai pleuré, my God, en lisant le Da Vinchi Code!!! Ce livre il est trop émouvant!!! Pour l'instant j'ai vu que le film, mais j'ai déjà acheté le livre. Sûr d'office que je vais chialer en le lisant, moi ça me touche à mort des grandes histoires comme ça, je suis OverSensible.
- Les séries américaines à la mode je suis carrément anti-anti-anti contre!!! Je suis super contre la violence GRATUITE, on comprend même plus rien à toutes ces séries découpées en épisodes tellement c'est NUL. Je suis pas trop pour les Américains en général, ils sont assez cons, je pense personnellement.
- Je saute un peu le coq à l'âne mais Faf Larage aussi ça me fait pleurer; question musique, I mean en fait. Ce mec est 1 GENIUS.
- En résumé, je respecte trop fort: mon Faf, mon Furax (over tout!!! les Kings), ma Gwen, tous les mecs que je kiffe trop à Liège, et puis tous les Auteurs de Livres. Totale sérénade pour vous tous, les gars, totale génuflexion!!! Je vous aime trop.
Love love love à tous!
(Wow... C'est vendredi aprèm... Me suis un peu laissé déborder par un improbable Moi profond... C'est spécial, comme expérience, parole...)
jeudi 4 octobre 2007
délice paloma !

Nadir Moknèche l'Algérien fabrique son 3e long métrage. À Alger, "Madame Aldjéria vous arrange ça"...: elle est la patronne d'une agence douteuse, qui résout certain type d'affaires privées en n'hésitant pas à flirter avec le proxénétisme. Autour d'elle: un fils (d'une beauté luciférienne), une collaboratrice ramassée sur le trottoir, un jeune avocat aussi véreux qu'homosexuel, une vieille soeur muette. Au creux d'elle: un rêve... Le genre de rêve qui vous élève au-dessus de toutes les fanges interlopes... Une nouvelle vie aux anciens thermes de Caracala... Pour le mener à bien, ce rêve-là, il faut conclure une dernière affaire sordide. La clé, ce sera la jolie serveuse Rachida, capable de damner plusieurs saints par ses déhanchés cliquetants de verroterie... Rachida va bientôt s'appeler Paloma; et la chute menace.
C'est bien, c'est bon, c'est amer, c'est superbe, c'est déchiré, c'est l'Algérie en mal de grandeur d'âme; ce sont des portraits de femmes terribles, dignes d'Almodovar - mais c'est tellement supérieur à Almodovar! Plus élégant. Biyouna, qui incarne Madame Aldjéria, est une somptueuse Anna Magnani mâtinée de Dani.
Délice Paloma sera peut-être le film de l'année 2007; je dis...
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