vendredi 28 décembre 2007

moi je suis ma ville


Bruxelles me manque.
Emmêlement de pans de murs. Des chantiers, des chancres, des chimères. Le Mont des Arts est en travaux: on y redessine un complexe de salles de conférences / spectacles / rien. Près de la Place de Brouckère, encore un de ces incroyables ouvrages de façadisme: des poutrelles métalliques, jaunes, s'arc-boutent et se contredisent pour maintenir à la verticale la pelure noircie d'un bloc haussmannien, évidé pour le reste, et dont les gravats jonchent encore les sous-sols mis à nu. De près, ça se voit: les étançons jaunes sont fichés dans la maçonnerie ancienne à l'aide de formidables vis. Il y a des fissures autour, et des trous. Je suis triste.

Les dégradations urbaines m'attristent, autant que les rénovations me fascinent. (Fersen: "Dans la rue il y a des travaux / Et moi j'aime regarder les travaux...") Quand j'avais 18 ans, je prenais le tram 52 vers le centre-ville, tous les matins - mes études aux Facultés St Louis; et tous les matins j'observais avec avidité l'avancement de tel asphaltage, telle construction. Les trous qu'on fait aux trottoirs pour les farcir de canalisations, ça n'a jamais pu m'émouvoir, bien entendu; car les ouvriers reposent ensuite les dalles d'origine (souvent ces dalles tristes, carrées, de béton), de préférence un peu plus fendues et de guingois, avant de jeter par-dessus un méchant sable d'un intense ocre grisâtre, sous prétexte de stabiliser le pavage.

Mais un trottoir qu'on refait; des rails de tramway qu'on remplace; des réverbères neufs; un vaste carrefour aux contours mous auquel on substitue un élégant rond-point garni, en son centre, de bouquets d'arbustes ou d'une sculpture (même moche); une avenue qu'on redessine en y mettant des arbres encore un peu tordus par la jeunesse; un bâtiment public qu'on ravale; le long de la chaussée, des bordures de pierre bleue pour succéder à ces sinistres parpaings de béton... C'est de ma ville qu'il s'agit! C'est ma ville qu'on embellit, et je souris aux hommes de métier, qui s'en fichent au demeurant; et mon pas est plus léger, dans les rues de ma ville.

Mais alors, mon coeur se tord littéralement, et de vraies larmes me montent à l'âme, quand, les travaux à peine aboutis, un pavé se descelle déjà, un plot choit, une bavure sur le bitume neuf annonce l'inévitable fissure; quand de pauvres palissades avachies peinent à masquer un chantier abandonné depuis des mois; et quand des poutres métalliques jaunes agressent en la trouant la façade ancienne qu'elles doivent préserver... Bien sûr, en l'occurrence, les maçons, quand tout sera fini, tout rebâti en dedans, tout confit d'appartements impayables et bureaux de standing - les maçons bien sûr passeront un coup de truelle sur les égratignures engendrées par les travaux, et l'on bouchera la pierre et les stucs, et il n'y paraîtra plus; mais les usures des cent prochaines années: ce sont ces raccommodages-là qu'elles mordront d'abord, et mettront au jour, cicatrices sans gloire!

Et moi, dans ces circonstances, j'ai si mal à ma ville... Ma pauvre ville, tailladée, percluse, grouillante, beige, vieille et neuve sans cesse, pauvre en perspectives, hirsute d'échafaudages et de grues: ma ville! Mais comme je l'aime, ma ville; combien, d'ici, me manque Bruxelles!

lundi 3 décembre 2007

mercredi 7 novembre 2007

beau (à vous arracher l'air des poumons)


"British Vision", expo au Palais des Beaux-Arts de Gand. De salle en salle, la richesse des oeuvres vous scie les jambes. Paul Nash, Dante Gabriel Rossetti, Lucian Freud, Gainsborough, Turner bien sûr, Stanley Spencer à foison, David Hockney, Hogarth, Constable, Francis Bacon, et des pelletées d'autres Britanniques immenses, de 1750 à 1950. Extraordinaire... Il faut approcher ces dessins, ces toiles de près... On croit avoir vu le plus beau, pour se laisser à nouveau surprendre à la cimaise suivante; et non seulement les noms sont grands, mais les oeuvres sélectionnées sont souvent majeures (from the Tate, the National G.,...); on n'en revient pas...
Et puis, à la flamande: lieu superbe, explications limpides, peintures des murs en lien avec les thèmes (les couleurs ont été commandées auprès d'une vénérable maison anglaise)...

Je vais pas tellement souvent voir des expos. Mais ça, ça...
La meilleure exposition du monde est pour l'instant à Gand. Indélébile.

lundi 5 novembre 2007

de la terre sous les ongles


J'aime pas tellement le fisc. Je travaille comme un tordu. J'ai le tort de multiplier les piges et contrats. Je suis pas indépendant. Je demande à chacun de mes employeurs de prélever un max de précompte professionnel. Je gagne ma vie correctement; pas de quoi fouetter une chantilly. Puis je remplis ma déclaration de mierde via tax on web, et monsieur et madame Saloperie m'annoncent que je dois encore casquer quelques milliers d'euros, cumul des jobs oblige. Et, cette fois, au lieu de verser mon obole (en grinçant des fesses) pour la fin avril, je dois brusquement lâcher la thune dès ce mois de novembre. Colère et hargne! Six mois de moins sur mes pauvres comptes, six de plus sur ceux de l'Etat: autant d'intérêts perdus pour ma pomme. Je gratte la terre; je suis plein de ressentiment.

Ben, pour autant, je vais réussir à garder un coeur socialiste, n'est-ce pas? Même si c'est toudi les ptits qu'on sprotche...
Pas content.
Et ensuite: quoi faire?!

La photo: Youry Bilak

lundi 15 octobre 2007

och'erme

À quoi ça sert... je vous jure!
Suis brusquement fort emmerdé de brader ici un peu de mon intelligence. (Sans prétendre, au demeurant, hisser celle-ci à un niveau particulier; mais tout de même...) C'est que je viens de relire mon précédent message. C'est pas élégant... Que fait la police. Trop de loisirs, trop peu de guerres dans nos pays! L'art s'en ressent, d'ailleurs. L'art est un excellent indice de l'affaissement moral d'une civilisation. Dans nos pays, on traficote avec des concepts, parce que nul n'a plus besoin du beau et du bon (kallos kagathos), du fort et du signifiant, pour sauver son âme. Une bonne guerre, Madame! Yambi est un formidable coup de pied dans nos culs bouffis. L'art vrai est fabriqué dans un certain degré d'urgence.

Voilà voilà. Que je dis; mais que je ne suis pas certain de penser: pas assez documenté.

"Och'erme": du bruxellois. Littéralement 'Oh (mon/ma) pauvre' (du flamand "arm", 'pauvre', avec relâchement articulatoire de l'initiale tonique, courant dans cet idiome). Ma grand-mère maternelle, Germaine, fille de rien, élevée environ seule à la force de son âme (la JOC aidant!), privée de scolarité à 12 ans - banal, en ces temps anciens -, lectrice dévoratrice (et pas que du Padre Pio), promue à 14 ans secrétaire particulière du patron de Citroën à Bruxelles, détentrice de l'orthographe la plus sûre qu'il m'ait été donné de constater, grande femme brune aux grands yeux noirs, mysandre pavide qui épousa à 33 ans le premier homme qu'elle osa regarder (son cousin germain, petit monsieur à talonnettes, fraîchement veuf, détenteur d'un commerce florissant de machines à coudre industrielles, grosse clientèle allemande; union accordée par le Saint-Père sur la foi des intentions pures des deux intéressés), puis mère anxieuse d'une enfant unique qui devint la mienne - d'autres chapitres! - ma grand-mère... donc. Ma grand-mère maternelle parlait couramment le bruxellois; bien entendu; et tâchait, tout en s'en nourrissant, de n'y accorder que dédain, au profit de la langue française qu'elle apprit si seule à manier si bien. Quelle bonne, bonne, savoureuse musique que la langue bruxelloise! La musique du peuple. La plus belle.

dimanche 14 octobre 2007

mathilde m'est revenue (pussy is back!)


Des papillons au coeur! Pussy Galore, la plus cuistre des bloggeuses bruxelloises, a rouvert depuis quelque temps les colonnes nauséabondes de son journal pas intime... J'ai bon, comme on ne dit pas. J'aime bien lire ses histoires (fake). "Pussy au Belga". "Pussy au Maroc". "Pussy sort en boîte". "Pussy écoute un disque". "Pussy aimerait bien que quelqu'un l'aime". "Pussy n'a pas d'enfant". "Pussy écoute un autre disque". "Pussy n'aura pas d'enfant parce que c'est trop tard".

Elle écrit pas mal, PussyPussy; elle est méchante avec les laids et les cons; elle fabule bravement des aventures aussi glamour qu'improbables, qui l'intronisent Sulfureuse Sorcière de la Nuit, et lui valent l'allégeance d'une courette de garçonnets moins éduqués qu'elle. Dans la foulée, elle a le mérite de s'attirer avec vaillance l'opprobre de quelques (j'en suis) pourfendeurs de ce bougeoisisme dont la petitesse d'esprit n'a d'égale que l'efficacité de l'emphase, lesquels bien-penseurs (j'en suis toujours) finissent invariablement le nez dans son caca (à elle); parce qu'à jouer au plus goujat, on ne gagne pas, contre ma Pussy.

Longue vie à toi, Pussy Galore from Bruxelles. C'est l'ensemble de l'humanité qui est responsable de la place qui t'est accordée en son sein. Et c'est une sacrée leçon pour l'humanité.
(Ben tiens, voilà qu'à mon tour je donne dans l'emphase... Que du plaisir!)

lundi 8 octobre 2007

presque trente...



pauvre martin
pauvre misère
creuse la terre
creuse le temps

J'ai pas fêté l'anniversaire de ma naissance; ou peu. Vingt-neuf ans, et certaines parcelles de mon visage s'épuisent doucement. Sous mes iris gris-bleu que le hasard a pommelés d'or, ma paupière inférieure, sillonnée d'infimes ravines, est cernée d'une ombre pâle. L'usure du corps! Je suis svelte, morphologiquement chanceux, le bras ferme, le ventre déterminé, la jambe modelée - mais les premières marques du vieillissement: je les abhorre. Le passage des ans parviendra-t-il à me décevoir de moi-même? Merde.

"Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Il saura fâner vos roses
Comme il a ridé mon front
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis
- Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant!"

photo anthropy

vendredi 5 octobre 2007

qui je suis vraiment... Este+


Salut à TOUS! En fait, j'aimerais me présenter à fond, vous exposer un peu qu'est-ce que j'aime dans la vie, genre qu'est-ce que je kiffe à fond, les trucs qui m'éclatent trop fort. Pour qu'on fasse davantage connaissance en fait!!! Vous pouvez réagir à mort, j'attends trop fort vos postes!
Alors voilà je me jette à l'eau, je vous dis complètement tout sur tous mes goûts dans la vie.
  • Je suis super trop dingue de Gwen Stéphanie, cette nana a tellement de SuperClasse. J'écoute à mort. J'écoute aussi à mort Mika, ce mec c'est simplement le roi!!! J'écoute à mort aussi DJ Furax. Trop puissant.
  • J'adore aussi trop trop trop fort sortir au Milléniomme à Liège; les mecs sont tellements cute!!! Les gars je vous kisse à mort.
  • J'adoooore lire! Chuis over fan de lecture. Je lis tout, je m'éclate en lisant, je lis tellement de livres! Les copains sont super impressionnés, tellement que je lis des livres! J'adore trop lire. J'adore chialer en lisant. Mais qu'est-ce que j'ai pleuré, my God, en lisant le Da Vinchi Code!!! Ce livre il est trop émouvant!!! Pour l'instant j'ai vu que le film, mais j'ai déjà acheté le livre. Sûr d'office que je vais chialer en le lisant, moi ça me touche à mort des grandes histoires comme ça, je suis OverSensible.
  • Les séries américaines à la mode je suis carrément anti-anti-anti contre!!! Je suis super contre la violence GRATUITE, on comprend même plus rien à toutes ces séries découpées en épisodes tellement c'est NUL. Je suis pas trop pour les Américains en général, ils sont assez cons, je pense personnellement.
  • Je saute un peu le coq à l'âne mais Faf Larage aussi ça me fait pleurer; question musique, I mean en fait. Ce mec est 1 GENIUS.
  • En résumé, je respecte trop fort: mon Faf, mon Furax (over tout!!! les Kings), ma Gwen, tous les mecs que je kiffe trop à Liège, et puis tous les Auteurs de Livres. Totale sérénade pour vous tous, les gars, totale génuflexion!!! Je vous aime trop.
Voilà!!! J'attends trop fort vos réactions! Dites-moi qu'est-ce que vous kiffez!
Love love love à tous!

(Wow... C'est vendredi aprèm... Me suis un peu laissé déborder par un improbable Moi profond... C'est spécial, comme expérience, parole...)

jeudi 4 octobre 2007

délice paloma !


Nadir Moknèche l'Algérien fabrique son 3e long métrage. À Alger, "Madame Aldjéria vous arrange ça"...: elle est la patronne d'une agence douteuse, qui résout certain type d'affaires privées en n'hésitant pas à flirter avec le proxénétisme. Autour d'elle: un fils (d'une beauté luciférienne), une collaboratrice ramassée sur le trottoir, un jeune avocat aussi véreux qu'homosexuel, une vieille soeur muette. Au creux d'elle: un rêve... Le genre de rêve qui vous élève au-dessus de toutes les fanges interlopes... Une nouvelle vie aux anciens thermes de Caracala... Pour le mener à bien, ce rêve-là, il faut conclure une dernière affaire sordide. La clé, ce sera la jolie serveuse Rachida, capable de damner plusieurs saints par ses déhanchés cliquetants de verroterie... Rachida va bientôt s'appeler Paloma; et la chute menace.

C'est bien, c'est bon, c'est amer, c'est superbe, c'est déchiré, c'est l'Algérie en mal de grandeur d'âme; ce sont des portraits de femmes terribles, dignes d'Almodovar - mais c'est tellement supérieur à Almodovar! Plus élégant. Biyouna, qui incarne Madame Aldjéria, est une somptueuse Anna Magnani mâtinée de Dani.

Délice Paloma sera peut-être le film de l'année 2007; je dis...

mercredi 3 octobre 2007

lundi 1 octobre 2007

les corneilles et boris vian


Puisque Boris Vian a décrété ceci
"Tout a été dit cent fois. Et beaucoup mieux que par moi. Aussi, si je fais des vers, c'est que ça m'amuse. C'est que ça m'amuse: et je vous chie au nez!"
... eh bien j'ai le droit. Voilà voilà; on a tous le droit - mais: que se taisent les imbéciles, que s'étranglent les méchants, que crèvent les corneilles.
(Au parc Jacques Brel, il y avait, voici plus de vingt ans, des chapelets de canetons qui éclosaient sur l'eau sombre au début de chaque printemps, et ma soeur et moi dénombrions avec application tous les membres de la communauté canarde: cinquante, certaine année plus de septante individus col-vert, et nous examinions le destin de chaque fratrie duveteuse, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de distinguer les jeunes adultes de leurs aïeux. Ensuite, il s'est produit un étrange bouleversement, dont les causes (selon quelque mystérieux ordonnancement cosmologique) m'ont toujours échappé: j'en étais le spectateur à la fois fasciné et consterné. En quelques printemps, les canards ont progressivement déserté le parc Jacques Brel. Les naissances se réduisaient. Bientôt, il demeura deux familles; on voyait, beaucoup plus haut que les frondaisons noires du hêtre, filer bien loin des V cancanants. Enfin il n'y eut plus de canards à demeure; de temps à autre, un couple, la brune et le moiré, viennent rompre bruyamment la surface des étangs verdie par les lentilles; ils repartent bientôt. Mais il y a ce fait certain: tout au long de la diaspora, la population des corneilles a crû dans le parc; sans cesse leurs atroces croassements s'amplifiaient parmi les branches; malgré nos gesticulations et menaces enfantines, elles se gavaient du pain dur que nous émiettions consciencieusement pour les canards. Ma mère disait que, à n'en pas douter, les grasses corneilles engloutissaient les minuscules canetons. Je les haïssais avec ferveur. Je n'aime pas du tout les corneilles; zéro sympathie pour les corneilles.)

Je m'en fous: aujourd'hui je dis ce que je veux. Boris Vian, c'est mon papa.

jeudi 13 septembre 2007

c'est septembre partout


American Born Chinese (Gene Luen Yang) - il a supplanté la version américaine de Poulet aux prunes (Marjane Satrapi) dans le coeur des jurés du Reuben Award.
Le marin blanc du président de Jerome Charyn - ooooh oui, qu'il est grand cet auteur... Quel pouvoir dans l'image, dans l'ellipse qui en dit tant, et puis dans les choix fictionnels tout bonnement, et les portraits de personnages à vous tordre le coeur.
Kate Atkinson est une excellente romancière; La souris bleue est un loser-polar-plaisir (meilleur, moins alambiqué que le postérieur Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux - qui est tout de même jouissif, ho!).

Au ciné, L'âge d'homme de Raphaël Fejtö est merdique; ne cherchez pas Michel Leiris, demandez plutôt la famille Klapisch, mais sans génie.
Je vais bosser; c'est septembre.
Il faut réserver ma place pour Thomas Fersen en décembre au 140; l'asseoir sur mes genoux...

mardi 14 août 2007

belgique revenir


la vie recommence avec ses pourrissements de bananes et de poumons
et des travaux imbéciles
à Mourèze? je n'ai pas dessiné pas peint pas pleuré
il y avait ce paysage immense en contrebas de cette piscine et des fragments de pierre bleue sur la terre et dans le ciel
et des dessus dentelés avec des pins faits pour le sud de ce pays
et des sirops d'orgeat tristes tristes tristes
pas de poésie
pas de Boris Vian
mais bien Sally Carol, douloureuse fille du soleil américain, chez Francis Scott Fitzgerald
les auteurs américains sont assez sublimes
et maintenant c'est fini.

photo Nachtwey

lundi 30 juillet 2007

soleil et mine de plomb


C'est dans l'Hérault, près de Montpellier: Mourèze. Cent vingt-huit habitants recensés en 1999. Tapons cent cinquante aujourd'hui: des Mourézois. Mourèze, son cirque dolomitique, son monument aux morts du maquis Bir-Hakeim (cent cinq martyrs). C'est joli, Mourèze, plein de vieilles pierres beiges et d'herbes sèches, ton sur ton.

Ou alors, par la lorgnette wikipédienne, ça semble d'une tristesse pas possible...

J'y vais cette semaine, avec des amis étendus autour de la piscine neuve, des petits vins de pays qui vous mettent le rire à l'oeil, des grillades de thon rouge, des draps frais, des dalles lisses, et les soirs qui tombent calmement. Niente fare, beaucoup lire et parler et jouer au Whist, beaucoup ingérer des choses assez sublimes, dessiner peut-être un peu.

J'ai vingt-huit ans. Depuis l'état enfantinesque, mes parents me font dessiner. Ils savent, tous les deux, et ont toujours mis à ma disposition les meilleurs papiers, les plus beaux crayons, une double palette d'aquarelles Schmincke pour mes dix ans, une valisette pléthorique de tubes d'huiles du bon faiseur avant mes douze; des toiles, des cartons, des fusains, des pierres noires, des Rotring, des brosses, des pinceaux de martre Kolinsky et petit gris; pas de gouache... pas d'acrylique... ces matériaux 'frustes'... Aussi, depuis minuscule, j'ai dessiné, avec passion. On m'a si souvent parlé de ce "don" (car mes dessins ont toujours été admirés, et inégalés par mes pairs)... Don mon cul. J'ai dessiné sans cesse, de 3 à 23 ans. Point. Quelque chose devait bien en sortir... L'unique mérite qui me revienne: l'observation incessante du réel. La seule clé légitime pour transcender ce dernier... Mon "talent" fut aussi passé au crible du jugement le plus "autorisé" (!) en la matière: admis à La Cambre après un premier cursus, j'y ai perdu maintes illusions durant deux magnifiques années - puis il a fallu travailler davantage pour acheter du pain et du vin, et j'ai brisé là mon parcours cambrien -, où toute tentation d'autosatisfaction me fut vertement et salutairement interdite, grâce au Ciel ou à qui on veut.

Depuis lors, je ne dessine plus; quasi plus. Pas triste, car je sais que je redessinerai. Point, derechef. Je veux dire, vraiment dessiner: y consacrer des heures, des années, de l'argent, de l'échec, de l'âme. Mais mes parents, ces handicapés de l'amour filial, s'évertuent à me resservir sans désemparer ce "devoir" d'exploiter ce "talent"! Les cons. (Je les aime.) Il faudra peut-être qu'ils meurent, tous deux, avant que je m'y remette... Ils sont cons, moi pareil, la vie est imbécile, et je fume des clopes. Je vais à Mourèze, je dessinerai peut-être un peu.

vendredi 27 juillet 2007

unes et uns, barbarismes et barbery

Dites:
  • UNE câpre (ou démerdez-vous avec des câprons)
  • UN cerne (ou tapez toujours le pluriel, + un adjectif qui ne présente pas de flexion au féminin; type "mauve"/"énorme" plutôt que "violet"/"profond")
  • UNE chips (ou choisissez des charcuteries italiennes: culatello di parma... jésus et toutes ses saintes! cette cochonnerie fond sur la langue comme un glaçon entre deux ou trois seins)
  • UNE putain (mais un sodomite)
  • UN clope si le coeur (le poumon) vous en dit: ouiche ouiche
  • UN cave (quand il est pauvre)
ou alors dites précisément ce que vous voulez...

Puis, si vous appartenez aux nantis, lisez cette fameuse "Elegance du hérisson" de Muriel Barbery (Gallimard, 2006), pp. 114-116; au sujet d'une riche dame, Sabine Pallières, qui mal plaça une virgule:
"Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l'obligation de rigueur dans la considération de la beauté n'est pas négociable. La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des oeuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue. Enfin, qu'une Sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que, dans le même temps, des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la Beauté.
Aux riches, le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir."

C'est une concierge qui parle. J'aime bien cette transposition de l'absurdité orthographique et orthonormique de la langue française à des tensions sociales séculaires. C'est vrai que les moins instruits sacralisent davantage la norme langagière. Les romanistes rigolent, parce qu'ils savent que, en matière de langue française, beaucoup d'injonctions sont de grosses blagues. Mais les riches m'agacent assez (car jusqu'à présent je n'en suis pas); aussi cette petite leçon orthodoxosociale me fait-elle fort plaisir.

Quoi qu'il en fût, je m'en fous, moi: tout à l'heure, je vais m'acheter un petit voiture neuf. Un voiture pour indigent, avec des toutes petites avantages métallisées autour de 5 portes, et une minucule moteur pour que le taxe ne soit pas trop dur; car le vie l'est, lui, assurément.

lundi 23 juillet 2007

tintin au pays des gorets


Je suis perplexe. Une once de loisirs: je déambule un poil sur le net; j'en reviens à celles et ceux qui m'ont donné envie de débarquer en Normandie, voici quelques semaines, lorsque je fus brusquement happé parmi la blogochose belgienne: la Pussy Galore (qui désormais se cache de moi, cochonne Albane!), les Cosemans et affiliés, et puis par capillarité les éventuels Delvaux qui se vautrent lamentablement dans la fange répandue par les premiers...

Je fume des clopes et assiste aux non-débats de ces quelques énervés. Si je comprends bien, le Cosemans et ses sbires tapent sur la figure de tout ce qui est un peu médiatisé chez les Belges fancophoniens. J'avoue que j'ai du mal à percevoir d'où leur vient une telle virulence. Innocent, je me dis qu'ils sont des méchants. Puis je comprends que tout qui leur reproche leur prose de gorets se fait laminer la gueule, pour cause d'anonymat frileux ou de crétinerie supposée ou de défaut définitif de jugement; donc je m'abstiens de leur crier Mort aux vaches. Etrange "intelligentsia" (!)... A les lire, ces infectieux, on se dit qu'on est un pauvre con si l'on ne leur emboite pas le pas fissa; on se dit que toute défense ou même appréciation d'une quelconque pop made in chez nous relève de la plus haute honte; le meilleur moyen de saboter toute dignité rêvée.

Donc je suis perplexe. Qu'est-ce donc qui à ce point irrite lesdits blogueurs? S'agit-il vraiment du caractère supposé merdique des chansons commises par les Arno, Montevideo, Eté 67 et autres Girls in Hawaii? Est-ce l'attitude de ces popmen face aux médias qui les indispose? Ou bien leur exposition matraquante, qui ne laisse pas de place à d'éventuels artistes plus doués? ... Mais c'est comme ça que ça marche partout, non? Quelques-uns occupent le pont supérieur, et la masse est galérienne... Et tiens, plutôt que de voir tirer à boulet rouge vif sur les infortunés winners des petites courses au succès médiatique belge, pourrait-on bénéficier des lumières de ces savants messieurs-dames au sujet des artistes qu'ils jugent méconnus et qui peut-être seraient plus dignes de faire les covers des magazines zautorisés...? Moi, je ne lis qu'insultes et diatribes acérées, puis les ricanements bêtas de vassaux qui probablement se sentent très très dans le coup.

Et puis, pour ce qui est de composer de la bonne musique... On peut ne pas apprécier les formats pop; mais, hors des plates-bandes de Boulez et Steve Reich ou E.S.T., je suppose néanmoins qu'il faut assez de clairvoyance et de savoir-faire (même pas question de génie) pour construire une "bonne chanson", une mélodie, un texte, un riff qui touche un peu au cerveau et peut-être au coeur... Moi, je suis client d'un paquet de choses simples; Feist me convainc, Bat for Lashes m'excite assez; Sharko geint, certes, mais "Molecule" par Tikovoi m'a emmené; William Shatner ("Has been"!) aurait dû être mon papa... Rien que du plaisir au ventre content. Et Ridan, je le mettrais bien sur mes genoux. Et même Julien Doré qui commet une cover d'Alizée (!), ça me grattouille là où j'ai bon... Bon, avec ça, il me reste à attendre le goudron et les plumes...

Un autre truc qui me fait sourire, tout de même, sur le blog au Coz: quand il s'agit de jeter la 2e, la 3e ou la 47e pierre sur la pauvre gueule d'un tenant du petit monde musiculturel belge, la plaine de jeux est en ébullition; mais si le même Coz propose un articulet malin et bien ficelé sur l'une ou l'autre lectures siennes, chacun se tient coi... Ben tiens... Oublié d'avoir du jugement, tout à coup?

Perplexe, je suis.

lundi 16 juillet 2007

les pavés de bruxelles


À Bruxelles, en voiture, certains pavés taillés plats claquent à toute allure sous les pneus, et par la fenêtre ouverte on entend crépiter rapidement contre les hautes façades bourgeoises ces petites gifles vives, mille langues contre mille palais.
On peut, depuis le bas du Sablon, remonter prestement la rue des Minimes, puis les rues Watteau et Ernest Allard, vers la place Poelaert, pour se régaler de ces parfaits sons de ville.
Bruxelles: c'est parfait.
Bruxelles en été est un sublime sorbet gris et beige, mélancolique de platanes aux troncs peints de blanc.
J'en mange, j'en meurs un peu.

dimanche 15 juillet 2007

pussy, les ongles, les chats



Pussy! Oh, Pussy... Pourquoi m'as-tu laissé ainsi choir? Oh, Pussy! Tu le sais, que je te lis certains matins avec cette curiosité mêlée d'autant de stupeur que de consternation goguenarde... Pussy, je ne voulais pas te perdre; je suis un peu moins moi, sans accès à toi...

Pussy m'a fermé la porte au tarin, parole! Sans même un "adieu, Léon" façon Fersen ("les papillons"; ou dans "Louise": "Tes lèvres sont closes / Louise tu m'envoies sur les roses / Dis-moi quelque chose... / Rien!")...

Ah, Pussy, laisse-moi donc revenir à toi; entends mon appel parmi ce dimanche traversé de myriades d'insectes menaçants... Juillet est étrange, constellé de pauvres riens; il faut se laver le corps et sans cesse recommencer à couper des ongles qui n'ont jamais l'idée de renoncer à croître - je hais les ongles, ces imbéciles définitifs, qui traversent les âges sans aucun génie darwinien! Les ongles, à pousser sans interruption, sont une inconcevable insulte à l'humanité. Heureusement, cette dernière le leur rend au centuple; tant de régression, tant de piétinement, tant de guerre et de mesquinerie et de malibu stacy, à mettre au compte, très probablement, de l'aversion infirme des humains envers leurs saloperies d'ongles, qui sans jamais désemparer leur ramènent à la gueule leur sinistre impotence... Il est à craindre que les ongles soient, dans l'ombre, et très insidieusement, car ils ne s'expriment pas avec clarté, à l'origine de la plupart de nos actions méchantes.

C'est l'occasion de révéler une autre vérité très importante au sujet de la conscience que nous avons de nos comportements humains. Peu le savent; mais, humains, nous ne sommes rien. Nous avons le sentiment de gérer tant soit peu les destinées du Monde. Mais les vrais maîtres, ceux qui calmement contrôlent la marche de toute chose, ceux qui tranchent et jugent cependant que nous agitons nos bras et nos esprits avec ferveur; ceux qui savent, simplement, et qui ont choisi de nous laisser dans l'illusion d'une conscience efficiente... - ce sont, tout bonnement, les créatures les plus subtiles et les plus élégantes qui furent jamais déposées sur la Terre: les rois du monde, les dieux vrais, altiers, superbes et indulgents, qui nous éduquent par la monstration humble et permanente de leur perfection; les dépositaires de la formule originelle "Je suis celui qui suis"... - ce sont, bien entendu: les Chats.

Certains humains ricanent. Et il est vrai que la domination du monde par les Chats est menée finement. C'est-à-dire qu'ils ont établi des comportements destinés à ne pas les dévoiler, afin que l'humanité ne subisse pas d'humiliation cuisante; ils se déguisent en animaux parfois banals, et leur programme prévoit que nous en percevions quelquefois une image dégoûtante. Ainsi, certains Chats puent. Certains sont galeux. Certains sont cons. Toutes attitudes purement stratégiques, qui nous maintiennent dans l'illusion que les Chats constituent un vulgaire maillon de la création. Et pendant ce temps, pendant que nous concevons des machines et mettons au point des traités de survie et sombrons au fond de mille misères et dormons et prions et légiférons et coupons des arbres et conspuons des pédophiles et dansons et calculons et baisons: les Chats sourient doucement. Car sous nos pas ils déplacent les continents à leur gré; et ainsi, sans bruit, ils mènent le monde.

Les ongles des humains font bien entendu partie des sujets de tranquille rigolade des Chats.

Pussy...
Il me reste à pleurer un peu. Et à venir miauler langoureusement dans ton cou...

samedi 14 juillet 2007

la vie me manque


Je bosse je bosse et alors?
La vie avance tout autour de moi, et les fraises, même de Wépion, sont dures et connes.
Un magazine littéraire autour de la bêtise, tiens: les fraises n'y figurent pas; les Dalton, si.
Je vais acheter des cours d'anglais.
Je vais manger des steaks d'âne déguisés en hamburger à Pénible Dour.
Je vais travailler.
Je vais perdre mes amis.
Je vais pas en vacances.
Je vais flinguer des chevaux.
Je vais épouser Philip Morris.

J'ai un poteau qui a voulu raccourcir les "écureuils morts" (dixit himself) qui lui tiennent lieu de dessous de bras: la belle affaire du 21e siècle! Il a pleuré durant 4 jours.

(Et après ça, j'ose ricaner en commentant les billevesées que déverse PussyPussy Galore sur son bloggy blog...) Je travaille trop.
Juré: demain je publie ici ma première nouvelle, "La vie me manque": sublime.
Photo de James Nachtwey, bien entendu.

mercredi 4 juillet 2007

clint chef du monde (et son nez)


Clint Eastwood est béni entre plusieurs hommes, et les fruits de ses entrailles sont bénis.

Découvru hier son "Flags of our Fathers" (avec des paquets de mois de retard, et puis quoi?); plus qu'à lui envoyer des poèmes énamourés en attendant de me mettre sous les yeux le pendant jap' (lettres d'Iwo-Jima)...

Vive Clint Eastwood. De toute façon, même sur ses petits chevaux italiens, quand il mettait un colt sur chaque cuisse pour se prouver qu'il avait bien quitté les jupons empesés de sa môman, il était déjà au sommet du glamour jeanfoutre.

Après, je lance un vaste débat sur la taille des nez.
Dans les grandes lignes: Eastwood est doté d'un nez menu et fin, presque un nez de nana. Les protagonistes de "Flags of..." ont tous des gueules plutôt très bien taillées, à la classique, régulières... et des nez petits et/ou fins.
L'Immense Théorie selon laquelle on est quand même vachement séduits par ceux qui nous ressemblent...
Mon chien par exemple... d'une élégance...

dimanche 1 juillet 2007

du puggy, de la classe et un suédois


Puggy en live: la jolie surprise... Récapitulons: un Matthew Irons d'origine contrôlée + un bassiste français (mais c'est pas sa faute) + un batteur suédois calibré tip top pour qu'on y croie = Puggy, trio pop-rock basé à Bruxelles, oui madame, et compétent avec ça, genre de derrière plusieurs fagots de bon bois. Les 2 premiers compères ont fait leurs gammes (et deux-trois autres trucs) au Jazz Studio d'Anvers, tandis que le troisième est suédois (je l'ai déjà dit? ... mais c'est qu'il est très, très suédois...) et bat avec une clarté et un punch qui pourraient bien donner fort envie d'être une fillette de corvée fessée sur ses genoux scandinaves...

Hier à Couleur Café (avant les flammes): très chic démonstration de leur talent. Des compos bien ficelées, des lignes mélodiques variées et franchement jolies, un frontman à l'électro-acoustique maniée avec brio, et les 2 compères au backing vocal; le tout en place, maîtrisé et chaleureux à la fois. En même temps, c'est pas non plus tout à fait stupéfiant, si l'on compte leurs très multiples expériences live (l'été passé à Benicassim, le précédent à Reading ou Leeds...). Vive Puggy, allez; plein de dates à se mettre sous le bras (voir leur agenda).

Quant à l'album ("Dubois died today"), il est hébergé par TalkieO (jeune label recommandable - même si Stéphanie Blanchoud... bah... beuk... bon), et l'on y repère notamment quelques grattouilles d'un certain Michel Hatzigeorgiou - pendant ce temps, Steve Lillywhite écoute en boucle le tout premier single puggien ("The Luckiest Crime"), qui, semble-t-il, l'a fait tomber de sa chaise en bois - et le band rêve doucement d'une collaboration avec le gars qui illumina le son de U2... Pour en finir avec les gentilleries, il reste à jeter quelques yeux sur le premier clip de Puggy (qui accompagne "Out of hand"), réalisé par les very young & talented Bruxellois qui se sont baptisés "The Black Sheep"...

Et ça suffa comme ci.
(Parlai-je de ce batteur...?
Mm.
... Suédois, oui...)

Le gros au cigare? Un certain Puggy Pearson...

vendredi 29 juin 2007

(et en plus, je vote communiste)

On sait que ça ne sert à rien... (Mais moi y en a m'en foutre.)
Tendance générale probable - même si ce sondage, effectué à ce jour sur un échantillon de 7 individus issus de catégories socioculturelles assez similaires, n'est peut-être pas totalement représentatif de l'ensemble de la population européenne...: voici la Grande Hypothèse d'une Partition Crédible des Gens selon leur sens de l'élégance.

A ma droite: les amateurs de McDo; ils ne jurent que par les PC; ils préfèrent faire leurs emplettes 'au GB'.
A ma gauche: les inconditionnels du Quick; ils bossent sur Mac; ils vont 'chez Delhaize'.

Et tout aussi probablement, on pourrait étendre cette bipartition à d'autres champs du goût... (Warning: ne pas tenter de la prolonger au domaine politique.)
Moi je couche avec Steve Jobs et la femme de Monsieur Delhaize, alors mon avis ne compte pas. Quant au McDo, c'est - évidemment - une grosse blague... (Yek yek.)
Quand je disais que ça ne sert à rien...

mardi 26 juin 2007

vous êtes tous des playmobiles


Marre que tous les Liégeois du monde entier soient tellement sympathiques... Fichue engeance! Il faut toujours qu'ils rigolent avec sincérité, et qu'ils fabriquent des chouettes chansons, des chouettes Simenon, et que leur crasse d'accent chantant séduise la plupart des humains... Heureusement, il y a Malibu Stacy: eux, ils semblent définitivement désagréables et stupides, et pas non plus très doués (déshabillez les huit dixièmes de leurs chansons gueulardes: il ne reste rien de tangible, ni mélodie, ni punch; si au moins ils chantaient en anglais avec des inflexions liégisantes un peu plus marquées...): Malibu Stacy, c'est franchement pénible. Mais ça, c'est bon pour l'ensemble de la communauté liégeoise; ça ramène ses membres dans la sphère des personnes dont la fréquentation n'est pas inévitablement urticante par excès d'agrément.

Par contre, cet épouvantable Nicolas Ancion ressortit, lui, à la série illimitée des SuperLiégeois. Ce gars-là est encore bien jeunot, mais il écrit avec une rondeur et une efficacité imparables (= mot à la mode; il fait un peu suite à ce bon vieux incontournable, dont pas mal de chroniqueurs francophones n'ont pas encore réussi à se dépêtrer). "Nous sommes tous des playmobiles" (Le Grand Miroir) est un recueil de nouvelles excellemment ficelées; Monsieur Ancion laisse couler son écriture économe et juste pour envelopper, dans chaque récit, une idée très bien tapée, qu'il exploite de part en part, avec un cynisme et une fantaisie complètement jouissifs... Il y a un peu de la cruauté de Thomas Gunzig dans ces histoires-ci, mais... Mais Nicolas Ancion est liégeois... Ben tiens... Alors sa cruauté à lui emprunte la voie salvatrice d'un rire-sous-cape très bon enfant...

Un régal. Ruez-vous sur Nicolas Ancion (même si son site web n'est pas très alléchant). Et pendant que vous vous en délectez sous nos ciels froids de juin, Ancion se taille à Carcassonne pour, probablement, des tas de mois: appelé à écrire l'un ou l'autre scénars à destination des grands écrans... (Qui a parlé de Bouli Lanners?!)

samedi 23 juin 2007

la vie ne m'apprend rien (bordel)

Re-fumé...
Mille huit cents cigarettes dans la nuit de jeudi à vendredi...
Jésus de Nazareth, guéris-moi...
Ou Quelqu'un, Big AnyOne, le Gros Architecte de l'Univers, m'en fous...
Des murènes dans le ventre me crient de céder; elles miaulent (... des murènes qui miaulent, c'est beaucoup pire que tout), goguenardes elles parlent de tabac en me suçant les entrailles; mais dans ma gorge hérissée de clous ce sont des tombereaux de cendres qui carnagent toute déglutition...

À plein régime (visez 98 DB), le single d'Aaron (U-Turn) fait parfaitement l'affaire, dans ce genre de circonstances.

Le week-end sera frais, venteux, embrumé, givrant, navrant.
Pas la "fête de la musique" qui va réparer l'ambiance...

jeudi 21 juin 2007

"du gris que dans mes pauvres doigts je roule..."


Misère de vie pourrie infâme et corruptrice des âmes diverses et pleines de vomi qui m'énerve!!!

Cesser de fumer: c'est une blague.

Hier soir: jolie terrasse, joli juin, jolies bières spéciales, jolis coeurs et plein de dents dans les rires contents. La lumière décroît, la soirée est toute bonne.
Un poteau fumeur se met à fumer. Peu me chaut, car Georges terrassant le dragon nicotinesque, c'est moi, depuis plus d'une année: de sapeur chevronné, avec mes 30 clopes quotidiennes (au minimum), j'ai atteint le grade très médaillé de Nouveau Non Fumeur, en une fraction de seconde, par un beau 11 mai 2006: au soleil, ce jour-là, j'écrasais une énième cingarette, en jurant sur mon coeur et le coeur de Dieu qu'elle était la dernière. Et sans le moindre adjuvant (patch, pipe au menthol ou autres substituts pour âmes faibles), à la seule force de cet esprit d'airain qui me caractérise, dans l'instant je cesse véritablement de fumer, hop, plusieurs doigts dans le nez. Je suis invincible. Allen Carr est un pauvre type, et moi, le roi du monde. A l'heure où le moindre boui-boui ostracise les fumeurs, je rigole doucement, guéri de toute assuétude.

Mais voici quelques semaines, le Malin a repointé sa sale gueule toute moche; et l'envie de fumer... saleté... ignominieuse crasse... perverse immonde... elle m'assaille à nouveau...

Hier soir, j'ai cessé de lutter. J'ai fumé 10 clopes d'une traite; hilare, impavide; et un poil pété; une magnifique soirée. Chacun sait comme on recommence aisément à aspirer ces tuyaux mortifères... Me suis réveillé la bouche pleine de boue, et au fond de l'estomac l'irrépressible envie de refumer allègrement, toute ma vie, des millions de délectables cigarettes. Je suis une demi-merde; je me méprise; la vie pue.

D'autant plus désespérant que, intimement, j'ai la conviction que les fumeurs sont de beaucoup plus chouettes personnes que les tristes pas-fumeurs, ces non initiés, ces non jouisseurs, ces imbéciles. Dans une rue farcie de monde, vous, fumeur élégant et connaisseur de la vie, vous savez à coup sûr repérer celle ou celui qui pourra vous filer du feu... Les fumeurs sont tellement plus cools que les autres...

Ma vie sur cette Terre-ci est donc foutue. Je voudrais ne pas replonger, et dans le même temps la clope me lance de si puissants chants de rut, et l'élite fumeuse me manque si déchiramment...

"Du gris que dans mes pauvres doigts, je roule... C'est bon, c'est fort, ça monte en moi: ça me saoule... Je sens que mon âme s'en ira moins farouche... par la fumée qui sortira de ma bouche..." ("Du gris": E. Dumont / F.L. Benech, 1920; interprété par Berthe Sylva (1886-1941).)

mercredi 20 juin 2007

plonk et replonk sont sur un bateau


Puisque je me suis donné la parole sur le web... Je m'en vais dire des choses, quand des choses occupent un peu de mon gris cerveau (et ce n'est pas tant souvent: la fatigue aidant, la vacuité me guette; après il y aura un peu de repos, ou bien des festivals, et des bières sans soif, ouiiii...).

Il faut (re)découvrir Plonk & Replonk, ce trio d'esthètes helvètes, qui dégomment les images épinalesques de la première moitié du XXe siècle: des séries de cartes postales ("l'histoire à travers le temps", "le monde de l'univers", etc.) jusqu'au nain de jardin anti-vol (coulé jusqu'aux sourcils dans un cube de béton)... Simple certes mais tant plaisant qu'on en regretterait d'être si peu Suisse! À voir à Namur, au Musée Félicien Rops.

Pendant ce temps dans les oreilles: l'album de Jean-Jacques Nyssen... ("Le Parcours", 1999): du bricolage un peu triste, blues, parfait pour oublier de pleurer par une soirée azurée, en juin.

mardi 19 juin 2007

frisky flex show au botanique



Le 28 juin au Bota (Bruxelles), des ambianceurs fous vont se mêler de ska, dubstep, rocksteady, punk et autres grosses joies pleines de cuivres...
Pourquoi oui?
  • ça coûte à peine quelques roubles (8/10 euros)
  • 3 groupes bruxellois se partagent l'affiche
  • l'occasion de crier assez fort pour qu'on vous entende sur le live qui sera enregistré à cette occasion puis gravé sur la nouvelle compilation "Stoemp" #3 produite par le collectif (FriskyFlexFellow)
  • les Mockingbirds (haut de l'affiche) - 10 gars barrés, dont 5 qui soufflent avec virulence - sortent leur 2e album ce soir-là
  • les Skamuraï Munchies (mid-affiche) en seront à leur dernier raout sous ce nom...

contre les méchant(e)s...


Pas particulièrement envie de rameuter le quartier (ni de lune ni d'orange bleue); arrivé par hasard sur la Blog-Planet... Soufflé par la quantité d'insanités qui peuplent les pages de mes voisins, voisines. Je parle po du tout de pornograhisme du phonographe. Mais bien des intentions étranges qui animent certains humains lorsqu'ils décident d'écrire sur le web.

Pour faire précis: j'ai notamment découvert hier les exactions verbales de "Pussy Galore", probable femme, belge, pas mieux identifiée que ça; et qui donc se pare du nom d'une chaudeline james-bond-lesbian-girl, et dans la foulée, d'une extraordinaire fatuité; la mignonne (ou la laide, d'ailleurs, qui sait?) se propose d'éduquer ses congénères au bon goût, dont elle se suppose détentrice; et se donne de l'étoffe éthologiste en prétendant n'aimer rien mieux que d'observer ses contemporains; une petite courette de vassaux empressés semble boire sa parole comme du bon vin. Assurément, elle détient une ferme culture musicale, que je lui reconnais volontiers, et une plume habile.
Mais pourquoi faut-il magnifier le bon goût et, l'instant d'après, se vautrer dans cette fange morale qui consiste en la plus stupide méchanceté?

Bien sûr, j'entends bien que c'est un peu drôle: lyncher à tire-larigot les plus-cons-que-moi; et avec esprit, pourquoi pas: il y a de quoi se réjouir. Quand on en reste à l'humour. C'est-à-dire à la capacité de se foutre de sa propre gueule autant que de celle des autres. La version méchante ressortit à l'ironie, qui n'épargne que l'auteur du bon (ou mauvais) mot, et qui est une arme. (Catégories philosophiquement acceptables, à en croire Vieux Comte-Sponville). Et si c'est une arme: elle blesse; bien entendu. Qui a envie de blesser ainsi, à bout non-portant, si ce n'est une triste gonzesse, insatisfaite de son sort? Cette PussyPussy-ci suppose probablement - et à raison, peut-être - que le monde ne sait pas assez ses mérites.

Moi, j'accuse les méchants, qui sont ceux et celles qui mettent leur intelligence au service de leurs bassesses. Irrespectables, vous ne serez pas respectés. PussyPussy sait très certainement qu'elle a mieux à faire.

Advienne que pourri...

et j'ajoute ceci, pour faire bonne gueule:

Contre les méchants, mais pas contre les coups de figure...
Ou inversement.