lundi 30 juillet 2007

soleil et mine de plomb


C'est dans l'Hérault, près de Montpellier: Mourèze. Cent vingt-huit habitants recensés en 1999. Tapons cent cinquante aujourd'hui: des Mourézois. Mourèze, son cirque dolomitique, son monument aux morts du maquis Bir-Hakeim (cent cinq martyrs). C'est joli, Mourèze, plein de vieilles pierres beiges et d'herbes sèches, ton sur ton.

Ou alors, par la lorgnette wikipédienne, ça semble d'une tristesse pas possible...

J'y vais cette semaine, avec des amis étendus autour de la piscine neuve, des petits vins de pays qui vous mettent le rire à l'oeil, des grillades de thon rouge, des draps frais, des dalles lisses, et les soirs qui tombent calmement. Niente fare, beaucoup lire et parler et jouer au Whist, beaucoup ingérer des choses assez sublimes, dessiner peut-être un peu.

J'ai vingt-huit ans. Depuis l'état enfantinesque, mes parents me font dessiner. Ils savent, tous les deux, et ont toujours mis à ma disposition les meilleurs papiers, les plus beaux crayons, une double palette d'aquarelles Schmincke pour mes dix ans, une valisette pléthorique de tubes d'huiles du bon faiseur avant mes douze; des toiles, des cartons, des fusains, des pierres noires, des Rotring, des brosses, des pinceaux de martre Kolinsky et petit gris; pas de gouache... pas d'acrylique... ces matériaux 'frustes'... Aussi, depuis minuscule, j'ai dessiné, avec passion. On m'a si souvent parlé de ce "don" (car mes dessins ont toujours été admirés, et inégalés par mes pairs)... Don mon cul. J'ai dessiné sans cesse, de 3 à 23 ans. Point. Quelque chose devait bien en sortir... L'unique mérite qui me revienne: l'observation incessante du réel. La seule clé légitime pour transcender ce dernier... Mon "talent" fut aussi passé au crible du jugement le plus "autorisé" (!) en la matière: admis à La Cambre après un premier cursus, j'y ai perdu maintes illusions durant deux magnifiques années - puis il a fallu travailler davantage pour acheter du pain et du vin, et j'ai brisé là mon parcours cambrien -, où toute tentation d'autosatisfaction me fut vertement et salutairement interdite, grâce au Ciel ou à qui on veut.

Depuis lors, je ne dessine plus; quasi plus. Pas triste, car je sais que je redessinerai. Point, derechef. Je veux dire, vraiment dessiner: y consacrer des heures, des années, de l'argent, de l'échec, de l'âme. Mais mes parents, ces handicapés de l'amour filial, s'évertuent à me resservir sans désemparer ce "devoir" d'exploiter ce "talent"! Les cons. (Je les aime.) Il faudra peut-être qu'ils meurent, tous deux, avant que je m'y remette... Ils sont cons, moi pareil, la vie est imbécile, et je fume des clopes. Je vais à Mourèze, je dessinerai peut-être un peu.

vendredi 27 juillet 2007

unes et uns, barbarismes et barbery

Dites:
  • UNE câpre (ou démerdez-vous avec des câprons)
  • UN cerne (ou tapez toujours le pluriel, + un adjectif qui ne présente pas de flexion au féminin; type "mauve"/"énorme" plutôt que "violet"/"profond")
  • UNE chips (ou choisissez des charcuteries italiennes: culatello di parma... jésus et toutes ses saintes! cette cochonnerie fond sur la langue comme un glaçon entre deux ou trois seins)
  • UNE putain (mais un sodomite)
  • UN clope si le coeur (le poumon) vous en dit: ouiche ouiche
  • UN cave (quand il est pauvre)
ou alors dites précisément ce que vous voulez...

Puis, si vous appartenez aux nantis, lisez cette fameuse "Elegance du hérisson" de Muriel Barbery (Gallimard, 2006), pp. 114-116; au sujet d'une riche dame, Sabine Pallières, qui mal plaça une virgule:
"Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l'obligation de rigueur dans la considération de la beauté n'est pas négociable. La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des oeuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue. Enfin, qu'une Sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que, dans le même temps, des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la Beauté.
Aux riches, le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir."

C'est une concierge qui parle. J'aime bien cette transposition de l'absurdité orthographique et orthonormique de la langue française à des tensions sociales séculaires. C'est vrai que les moins instruits sacralisent davantage la norme langagière. Les romanistes rigolent, parce qu'ils savent que, en matière de langue française, beaucoup d'injonctions sont de grosses blagues. Mais les riches m'agacent assez (car jusqu'à présent je n'en suis pas); aussi cette petite leçon orthodoxosociale me fait-elle fort plaisir.

Quoi qu'il en fût, je m'en fous, moi: tout à l'heure, je vais m'acheter un petit voiture neuf. Un voiture pour indigent, avec des toutes petites avantages métallisées autour de 5 portes, et une minucule moteur pour que le taxe ne soit pas trop dur; car le vie l'est, lui, assurément.

lundi 23 juillet 2007

tintin au pays des gorets


Je suis perplexe. Une once de loisirs: je déambule un poil sur le net; j'en reviens à celles et ceux qui m'ont donné envie de débarquer en Normandie, voici quelques semaines, lorsque je fus brusquement happé parmi la blogochose belgienne: la Pussy Galore (qui désormais se cache de moi, cochonne Albane!), les Cosemans et affiliés, et puis par capillarité les éventuels Delvaux qui se vautrent lamentablement dans la fange répandue par les premiers...

Je fume des clopes et assiste aux non-débats de ces quelques énervés. Si je comprends bien, le Cosemans et ses sbires tapent sur la figure de tout ce qui est un peu médiatisé chez les Belges fancophoniens. J'avoue que j'ai du mal à percevoir d'où leur vient une telle virulence. Innocent, je me dis qu'ils sont des méchants. Puis je comprends que tout qui leur reproche leur prose de gorets se fait laminer la gueule, pour cause d'anonymat frileux ou de crétinerie supposée ou de défaut définitif de jugement; donc je m'abstiens de leur crier Mort aux vaches. Etrange "intelligentsia" (!)... A les lire, ces infectieux, on se dit qu'on est un pauvre con si l'on ne leur emboite pas le pas fissa; on se dit que toute défense ou même appréciation d'une quelconque pop made in chez nous relève de la plus haute honte; le meilleur moyen de saboter toute dignité rêvée.

Donc je suis perplexe. Qu'est-ce donc qui à ce point irrite lesdits blogueurs? S'agit-il vraiment du caractère supposé merdique des chansons commises par les Arno, Montevideo, Eté 67 et autres Girls in Hawaii? Est-ce l'attitude de ces popmen face aux médias qui les indispose? Ou bien leur exposition matraquante, qui ne laisse pas de place à d'éventuels artistes plus doués? ... Mais c'est comme ça que ça marche partout, non? Quelques-uns occupent le pont supérieur, et la masse est galérienne... Et tiens, plutôt que de voir tirer à boulet rouge vif sur les infortunés winners des petites courses au succès médiatique belge, pourrait-on bénéficier des lumières de ces savants messieurs-dames au sujet des artistes qu'ils jugent méconnus et qui peut-être seraient plus dignes de faire les covers des magazines zautorisés...? Moi, je ne lis qu'insultes et diatribes acérées, puis les ricanements bêtas de vassaux qui probablement se sentent très très dans le coup.

Et puis, pour ce qui est de composer de la bonne musique... On peut ne pas apprécier les formats pop; mais, hors des plates-bandes de Boulez et Steve Reich ou E.S.T., je suppose néanmoins qu'il faut assez de clairvoyance et de savoir-faire (même pas question de génie) pour construire une "bonne chanson", une mélodie, un texte, un riff qui touche un peu au cerveau et peut-être au coeur... Moi, je suis client d'un paquet de choses simples; Feist me convainc, Bat for Lashes m'excite assez; Sharko geint, certes, mais "Molecule" par Tikovoi m'a emmené; William Shatner ("Has been"!) aurait dû être mon papa... Rien que du plaisir au ventre content. Et Ridan, je le mettrais bien sur mes genoux. Et même Julien Doré qui commet une cover d'Alizée (!), ça me grattouille là où j'ai bon... Bon, avec ça, il me reste à attendre le goudron et les plumes...

Un autre truc qui me fait sourire, tout de même, sur le blog au Coz: quand il s'agit de jeter la 2e, la 3e ou la 47e pierre sur la pauvre gueule d'un tenant du petit monde musiculturel belge, la plaine de jeux est en ébullition; mais si le même Coz propose un articulet malin et bien ficelé sur l'une ou l'autre lectures siennes, chacun se tient coi... Ben tiens... Oublié d'avoir du jugement, tout à coup?

Perplexe, je suis.

lundi 16 juillet 2007

les pavés de bruxelles


À Bruxelles, en voiture, certains pavés taillés plats claquent à toute allure sous les pneus, et par la fenêtre ouverte on entend crépiter rapidement contre les hautes façades bourgeoises ces petites gifles vives, mille langues contre mille palais.
On peut, depuis le bas du Sablon, remonter prestement la rue des Minimes, puis les rues Watteau et Ernest Allard, vers la place Poelaert, pour se régaler de ces parfaits sons de ville.
Bruxelles: c'est parfait.
Bruxelles en été est un sublime sorbet gris et beige, mélancolique de platanes aux troncs peints de blanc.
J'en mange, j'en meurs un peu.

dimanche 15 juillet 2007

pussy, les ongles, les chats



Pussy! Oh, Pussy... Pourquoi m'as-tu laissé ainsi choir? Oh, Pussy! Tu le sais, que je te lis certains matins avec cette curiosité mêlée d'autant de stupeur que de consternation goguenarde... Pussy, je ne voulais pas te perdre; je suis un peu moins moi, sans accès à toi...

Pussy m'a fermé la porte au tarin, parole! Sans même un "adieu, Léon" façon Fersen ("les papillons"; ou dans "Louise": "Tes lèvres sont closes / Louise tu m'envoies sur les roses / Dis-moi quelque chose... / Rien!")...

Ah, Pussy, laisse-moi donc revenir à toi; entends mon appel parmi ce dimanche traversé de myriades d'insectes menaçants... Juillet est étrange, constellé de pauvres riens; il faut se laver le corps et sans cesse recommencer à couper des ongles qui n'ont jamais l'idée de renoncer à croître - je hais les ongles, ces imbéciles définitifs, qui traversent les âges sans aucun génie darwinien! Les ongles, à pousser sans interruption, sont une inconcevable insulte à l'humanité. Heureusement, cette dernière le leur rend au centuple; tant de régression, tant de piétinement, tant de guerre et de mesquinerie et de malibu stacy, à mettre au compte, très probablement, de l'aversion infirme des humains envers leurs saloperies d'ongles, qui sans jamais désemparer leur ramènent à la gueule leur sinistre impotence... Il est à craindre que les ongles soient, dans l'ombre, et très insidieusement, car ils ne s'expriment pas avec clarté, à l'origine de la plupart de nos actions méchantes.

C'est l'occasion de révéler une autre vérité très importante au sujet de la conscience que nous avons de nos comportements humains. Peu le savent; mais, humains, nous ne sommes rien. Nous avons le sentiment de gérer tant soit peu les destinées du Monde. Mais les vrais maîtres, ceux qui calmement contrôlent la marche de toute chose, ceux qui tranchent et jugent cependant que nous agitons nos bras et nos esprits avec ferveur; ceux qui savent, simplement, et qui ont choisi de nous laisser dans l'illusion d'une conscience efficiente... - ce sont, tout bonnement, les créatures les plus subtiles et les plus élégantes qui furent jamais déposées sur la Terre: les rois du monde, les dieux vrais, altiers, superbes et indulgents, qui nous éduquent par la monstration humble et permanente de leur perfection; les dépositaires de la formule originelle "Je suis celui qui suis"... - ce sont, bien entendu: les Chats.

Certains humains ricanent. Et il est vrai que la domination du monde par les Chats est menée finement. C'est-à-dire qu'ils ont établi des comportements destinés à ne pas les dévoiler, afin que l'humanité ne subisse pas d'humiliation cuisante; ils se déguisent en animaux parfois banals, et leur programme prévoit que nous en percevions quelquefois une image dégoûtante. Ainsi, certains Chats puent. Certains sont galeux. Certains sont cons. Toutes attitudes purement stratégiques, qui nous maintiennent dans l'illusion que les Chats constituent un vulgaire maillon de la création. Et pendant ce temps, pendant que nous concevons des machines et mettons au point des traités de survie et sombrons au fond de mille misères et dormons et prions et légiférons et coupons des arbres et conspuons des pédophiles et dansons et calculons et baisons: les Chats sourient doucement. Car sous nos pas ils déplacent les continents à leur gré; et ainsi, sans bruit, ils mènent le monde.

Les ongles des humains font bien entendu partie des sujets de tranquille rigolade des Chats.

Pussy...
Il me reste à pleurer un peu. Et à venir miauler langoureusement dans ton cou...

samedi 14 juillet 2007

la vie me manque


Je bosse je bosse et alors?
La vie avance tout autour de moi, et les fraises, même de Wépion, sont dures et connes.
Un magazine littéraire autour de la bêtise, tiens: les fraises n'y figurent pas; les Dalton, si.
Je vais acheter des cours d'anglais.
Je vais manger des steaks d'âne déguisés en hamburger à Pénible Dour.
Je vais travailler.
Je vais perdre mes amis.
Je vais pas en vacances.
Je vais flinguer des chevaux.
Je vais épouser Philip Morris.

J'ai un poteau qui a voulu raccourcir les "écureuils morts" (dixit himself) qui lui tiennent lieu de dessous de bras: la belle affaire du 21e siècle! Il a pleuré durant 4 jours.

(Et après ça, j'ose ricaner en commentant les billevesées que déverse PussyPussy Galore sur son bloggy blog...) Je travaille trop.
Juré: demain je publie ici ma première nouvelle, "La vie me manque": sublime.
Photo de James Nachtwey, bien entendu.

mercredi 4 juillet 2007

clint chef du monde (et son nez)


Clint Eastwood est béni entre plusieurs hommes, et les fruits de ses entrailles sont bénis.

Découvru hier son "Flags of our Fathers" (avec des paquets de mois de retard, et puis quoi?); plus qu'à lui envoyer des poèmes énamourés en attendant de me mettre sous les yeux le pendant jap' (lettres d'Iwo-Jima)...

Vive Clint Eastwood. De toute façon, même sur ses petits chevaux italiens, quand il mettait un colt sur chaque cuisse pour se prouver qu'il avait bien quitté les jupons empesés de sa môman, il était déjà au sommet du glamour jeanfoutre.

Après, je lance un vaste débat sur la taille des nez.
Dans les grandes lignes: Eastwood est doté d'un nez menu et fin, presque un nez de nana. Les protagonistes de "Flags of..." ont tous des gueules plutôt très bien taillées, à la classique, régulières... et des nez petits et/ou fins.
L'Immense Théorie selon laquelle on est quand même vachement séduits par ceux qui nous ressemblent...
Mon chien par exemple... d'une élégance...

dimanche 1 juillet 2007

du puggy, de la classe et un suédois


Puggy en live: la jolie surprise... Récapitulons: un Matthew Irons d'origine contrôlée + un bassiste français (mais c'est pas sa faute) + un batteur suédois calibré tip top pour qu'on y croie = Puggy, trio pop-rock basé à Bruxelles, oui madame, et compétent avec ça, genre de derrière plusieurs fagots de bon bois. Les 2 premiers compères ont fait leurs gammes (et deux-trois autres trucs) au Jazz Studio d'Anvers, tandis que le troisième est suédois (je l'ai déjà dit? ... mais c'est qu'il est très, très suédois...) et bat avec une clarté et un punch qui pourraient bien donner fort envie d'être une fillette de corvée fessée sur ses genoux scandinaves...

Hier à Couleur Café (avant les flammes): très chic démonstration de leur talent. Des compos bien ficelées, des lignes mélodiques variées et franchement jolies, un frontman à l'électro-acoustique maniée avec brio, et les 2 compères au backing vocal; le tout en place, maîtrisé et chaleureux à la fois. En même temps, c'est pas non plus tout à fait stupéfiant, si l'on compte leurs très multiples expériences live (l'été passé à Benicassim, le précédent à Reading ou Leeds...). Vive Puggy, allez; plein de dates à se mettre sous le bras (voir leur agenda).

Quant à l'album ("Dubois died today"), il est hébergé par TalkieO (jeune label recommandable - même si Stéphanie Blanchoud... bah... beuk... bon), et l'on y repère notamment quelques grattouilles d'un certain Michel Hatzigeorgiou - pendant ce temps, Steve Lillywhite écoute en boucle le tout premier single puggien ("The Luckiest Crime"), qui, semble-t-il, l'a fait tomber de sa chaise en bois - et le band rêve doucement d'une collaboration avec le gars qui illumina le son de U2... Pour en finir avec les gentilleries, il reste à jeter quelques yeux sur le premier clip de Puggy (qui accompagne "Out of hand"), réalisé par les very young & talented Bruxellois qui se sont baptisés "The Black Sheep"...

Et ça suffa comme ci.
(Parlai-je de ce batteur...?
Mm.
... Suédois, oui...)

Le gros au cigare? Un certain Puggy Pearson...