
Pussy! Oh, Pussy... Pourquoi m'as-tu laissé ainsi choir? Oh, Pussy! Tu le sais, que je te lis certains matins avec cette curiosité mêlée d'autant de stupeur que de consternation goguenarde... Pussy, je ne voulais pas te perdre; je suis un peu moins moi, sans accès à toi...
Pussy m'a fermé la porte au tarin, parole! Sans même un "adieu, Léon" façon Fersen ("les papillons"; ou dans "Louise": "Tes lèvres sont closes / Louise tu m'envoies sur les roses / Dis-moi quelque chose... / Rien!")...
Ah, Pussy, laisse-moi donc revenir à toi; entends mon appel parmi ce dimanche traversé de myriades d'insectes menaçants... Juillet est étrange, constellé de pauvres riens; il faut se laver le corps et sans cesse recommencer à couper des ongles qui n'ont jamais l'idée de renoncer à croître - je hais les ongles, ces imbéciles définitifs, qui traversent les âges sans aucun génie darwinien! Les ongles, à pousser sans interruption, sont une inconcevable insulte à l'humanité. Heureusement, cette dernière le leur rend au centuple; tant de régression, tant de piétinement, tant de guerre et de mesquinerie et de malibu stacy, à mettre au compte, très probablement, de l'aversion infirme des humains envers leurs saloperies d'ongles, qui sans jamais désemparer leur ramènent à la gueule leur sinistre impotence... Il est à craindre que les ongles soient, dans l'ombre, et très insidieusement, car ils ne s'expriment pas avec clarté, à l'origine de la plupart de nos actions méchantes.
C'est l'occasion de révéler une autre vérité très importante au sujet de la conscience que nous avons de nos comportements humains. Peu le savent; mais, humains, nous ne sommes rien. Nous avons le sentiment de gérer tant soit peu les destinées du Monde. Mais les vrais maîtres, ceux qui calmement contrôlent la marche de toute chose, ceux qui tranchent et jugent cependant que nous agitons nos bras et nos esprits avec ferveur; ceux qui savent, simplement, et qui ont choisi de nous laisser dans l'illusion d'une conscience efficiente... - ce sont, tout bonnement, les créatures les plus subtiles et les plus élégantes qui furent jamais déposées sur la Terre: les rois du monde, les dieux vrais, altiers, superbes et indulgents, qui nous éduquent par la monstration humble et permanente de leur perfection; les dépositaires de la formule originelle "Je suis celui qui suis"... - ce sont, bien entendu: les Chats.
Certains humains ricanent. Et il est vrai que la domination du monde par les Chats est menée finement. C'est-à-dire qu'ils ont établi des comportements destinés à ne pas les dévoiler, afin que l'humanité ne subisse pas d'humiliation cuisante; ils se déguisent en animaux parfois banals, et leur programme prévoit que nous en percevions quelquefois une image dégoûtante. Ainsi, certains Chats puent. Certains sont galeux. Certains sont cons. Toutes attitudes purement stratégiques, qui nous maintiennent dans l'illusion que les Chats constituent un vulgaire maillon de la création. Et pendant ce temps, pendant que nous concevons des machines et mettons au point des traités de survie et sombrons au fond de mille misères et dormons et prions et légiférons et coupons des arbres et conspuons des pédophiles et dansons et calculons et baisons: les Chats sourient doucement. Car sous nos pas ils déplacent les continents à leur gré; et ainsi, sans bruit, ils mènent le monde.
Les ongles des humains font bien entendu partie des sujets de tranquille rigolade des Chats.
Pussy...
Il me reste à pleurer un peu. Et à venir miauler langoureusement dans ton cou...
1 commentaire:
Tout à fait d'accord avec toi, cher humain ! Enfin un bipède (poète, qui plus est !) qui reconnaît notre vraie nature ! ;-)
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