vendredi 27 juillet 2007

unes et uns, barbarismes et barbery

Dites:
  • UNE câpre (ou démerdez-vous avec des câprons)
  • UN cerne (ou tapez toujours le pluriel, + un adjectif qui ne présente pas de flexion au féminin; type "mauve"/"énorme" plutôt que "violet"/"profond")
  • UNE chips (ou choisissez des charcuteries italiennes: culatello di parma... jésus et toutes ses saintes! cette cochonnerie fond sur la langue comme un glaçon entre deux ou trois seins)
  • UNE putain (mais un sodomite)
  • UN clope si le coeur (le poumon) vous en dit: ouiche ouiche
  • UN cave (quand il est pauvre)
ou alors dites précisément ce que vous voulez...

Puis, si vous appartenez aux nantis, lisez cette fameuse "Elegance du hérisson" de Muriel Barbery (Gallimard, 2006), pp. 114-116; au sujet d'une riche dame, Sabine Pallières, qui mal plaça une virgule:
"Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l'obligation de rigueur dans la considération de la beauté n'est pas négociable. La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des oeuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue. Enfin, qu'une Sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que, dans le même temps, des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la Beauté.
Aux riches, le devoir du Beau. Sinon, ils méritent de mourir."

C'est une concierge qui parle. J'aime bien cette transposition de l'absurdité orthographique et orthonormique de la langue française à des tensions sociales séculaires. C'est vrai que les moins instruits sacralisent davantage la norme langagière. Les romanistes rigolent, parce qu'ils savent que, en matière de langue française, beaucoup d'injonctions sont de grosses blagues. Mais les riches m'agacent assez (car jusqu'à présent je n'en suis pas); aussi cette petite leçon orthodoxosociale me fait-elle fort plaisir.

Quoi qu'il en fût, je m'en fous, moi: tout à l'heure, je vais m'acheter un petit voiture neuf. Un voiture pour indigent, avec des toutes petites avantages métallisées autour de 5 portes, et une minucule moteur pour que le taxe ne soit pas trop dur; car le vie l'est, lui, assurément.

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