lundi 1 octobre 2007

les corneilles et boris vian


Puisque Boris Vian a décrété ceci
"Tout a été dit cent fois. Et beaucoup mieux que par moi. Aussi, si je fais des vers, c'est que ça m'amuse. C'est que ça m'amuse: et je vous chie au nez!"
... eh bien j'ai le droit. Voilà voilà; on a tous le droit - mais: que se taisent les imbéciles, que s'étranglent les méchants, que crèvent les corneilles.
(Au parc Jacques Brel, il y avait, voici plus de vingt ans, des chapelets de canetons qui éclosaient sur l'eau sombre au début de chaque printemps, et ma soeur et moi dénombrions avec application tous les membres de la communauté canarde: cinquante, certaine année plus de septante individus col-vert, et nous examinions le destin de chaque fratrie duveteuse, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de distinguer les jeunes adultes de leurs aïeux. Ensuite, il s'est produit un étrange bouleversement, dont les causes (selon quelque mystérieux ordonnancement cosmologique) m'ont toujours échappé: j'en étais le spectateur à la fois fasciné et consterné. En quelques printemps, les canards ont progressivement déserté le parc Jacques Brel. Les naissances se réduisaient. Bientôt, il demeura deux familles; on voyait, beaucoup plus haut que les frondaisons noires du hêtre, filer bien loin des V cancanants. Enfin il n'y eut plus de canards à demeure; de temps à autre, un couple, la brune et le moiré, viennent rompre bruyamment la surface des étangs verdie par les lentilles; ils repartent bientôt. Mais il y a ce fait certain: tout au long de la diaspora, la population des corneilles a crû dans le parc; sans cesse leurs atroces croassements s'amplifiaient parmi les branches; malgré nos gesticulations et menaces enfantines, elles se gavaient du pain dur que nous émiettions consciencieusement pour les canards. Ma mère disait que, à n'en pas douter, les grasses corneilles engloutissaient les minuscules canetons. Je les haïssais avec ferveur. Je n'aime pas du tout les corneilles; zéro sympathie pour les corneilles.)

Je m'en fous: aujourd'hui je dis ce que je veux. Boris Vian, c'est mon papa.

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